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Emigration


L’EMIGRATION DES BASQUES DU NORD EN ARGENTINE

Les Basques furent des acteurs importants dans la conquête du Nouveau Monde et à ce titre, ils furent nombreux à s’établir autour du Rio de la Plata, en Uruguay et surtout en Argentine. Au milieu du XIXe siècle, l’exploitation des vastes domaines des Guipuscoans et Biscayens demandait des hommes capables de garder et gérer les immenses troupeaux de la Pampa. A cet effet , déjà en 1832, la maison Anglaise « Lafonc and Wilson » ouvre une agence à Saint Jean-Pied-de-Port en Basse Navarre pour recruter des émigrants. Par l’intermédiaire d’agents d’émigrations efficaces (on les traitera même de racoleurs), les « expéditions » vont se succéder à un rythme soutenu jusqu’en 1921, vers l’Amérique du Sud. En 1936, l’émigration des Basques du Sud sera politique.

 


LE NOMBRE DES EMIGRANTS

Des trois provinces du Pays Basque Nord, la Soule et la Basse Navarre, dans leur partie la plus montagneuse, vont constituer l’apport le plus important d’émigrants, et malgré le fort excédent naturel de cette période, entre 1832 et 1891, d’après le nombre des passeports délivrés, ce sont 79262 Basques du Nord qui, par bateau à voile, puis par bateau à vapeur sont partis de Pasaia, Bayonne et Bordeaux notamment, pour les trois quart pour l'Argentine.

Il faut ajouter à ce chiffre le nombre de clandestins qui embarquaient à Pasaia en Guipuscoa, soit 50% de plus, pour certains auteurs.

La traversée de Bordeaux à Buenos Aires se faisait en 3 mois en voilier, 22 jours en 1922 en vapeur. En 1911 le coût de la traversée par personne était de 200 francs soit 600 € d’aujourd’hui. Un auteur n’hésite pas à comparer « les premiers navires à ceux des négriers des siècles précédents. Les émigrants y étaient entassés à raison d’un par mètre carré; ils occupaient trois étages de paillasses superposés, ou des hamacs, les sexes étaient séparés par des grillages; la nourriture et le vin étaient infects, l’assistance médicale et l’hygiène déficientes ou absentes, le mal de mer aggravait encore de telles conditions. ». En 1842, le naufrage du Leopoldina Rosa au large des côtes de Montevideo fit 130 victimes parmi les 300 passagers.

Dans la période 1832-1891, la moyenne annuelle des départs est de 1321 mais lors de la crise économique de la fin du 19eme l’émigration va diminuer. La population totale des 3 provinces était de 173351 habitants en 1901. Les émigrants sont souvent des hommes célibataires, de 21 à 23 ans en moyenne, des familles entières aussi, travailleurs journaliers, artisans, commerçants, cadets qui ont quitté leur maison souche.


LES RAISONS DE L’EMIGRATION

Elles sont d’abord économiques et politiques. La révolution avait déstabilisé les institutions basques, les guerres de la révolution et de l’empire avaient ruiné l’économie du versant atlantique de la province du Labourd, du Guipuscoa et Biscaye. Les guerres Carlistes, et le transfert de la douane espagnole à l’Ebre en 1841, avaient ouvert une crise politique et économique, provoquant un déséquilibre dans la société basque. La réduction des terres communes, les défrichements par les cadets, toujours plus haut dans la montagne, avaient eu raison de la grande transhumance, qui tomba en désuétude.

La révolution industrielle a ruiné l’artisanat local dans une région à forte tradition rurale, et les profits relatifs de la contrebande rendus aléatoires par le renforcement des douanes. La production agricole autarcique n’arrive plus à nourrir un fort excédent naturel. Malgré le nouveau code civil, l’héritier unique assure la tradition de la maison souche (Etxe ondo) et en préserve l’unité, au détriment des cadets qui doivent partir. L’émigration est alors un mal nécessaire pour les familles nombreuses.

Les auteurs de l’époque ont mis aussi l’accent sur 2 autres raisons de l’émigration :
- le rôle des agents d’émigration qui parcouraient villages et marchés et faisaient de belles promesses qui n’étaient pas toujours tenues.
- la désertion et l’insoumission notoires chez les Basques.


L’ EXPANSION DES BASQUES EN ARGENTINE

A partir du milieu du 19e siècle, l’immigration des Basques du Sud et du Nord va prendre une ampleur considérable, entre 1857 et 1864, ils seront plus de 200000, surtout au sud de Buenos Aires. Les Basques du sud vont créer les premières estancias au milieu du 19e siècle, et dans les premiers temps, l’activité principale des émigrants du nord sera la tonte des brebis pour le commerce de la laine, puis après 1870, avec l’élevage du bœuf, les métiers liés à l’élevage, les tanneries surtout, et le commerce de la viande de bœuf grâce au procédé de la salaison avec les saladeros. Le Labourdin Sansinena fera fortune en substituant le commerce de la viande congelée à celui de la viande salée vers 1882.
Les Basques sont embauchés dans les grands dépôts, fabriques de sacs, fils de fer entre autres, et les quais de Buenos Aires, comme dans les briqueteries, d’autres seront transporteurs, commerçants, hôteliers, restaurateurs… Il faut mentionner aussi les laitiers lecheros de Buenos Aires qui faisaient du porte à porte avec leurs vaches dont les pâturages s’étendaient aux portes de la ville. Les incursions des Gauchos avaient rendu ce métier particulièrement dangereux sous Rosas. La revente de ces terrains, avec l’extension de la ville rendra ces anciens laitiers fabuleusement riches.

Eugène Goyhenetche écrit que les générations suivantes garderont cette richesse foncière : en 1958, douze des cinquante grands propriétaires sont Basques. Mais leur action s’est très vite étendue à l’industrie et aux finances : les Basques fondent les banques et la Bourse du commerce. Les hommes politiques et les intellectuels sont nombreux dans les générations suivantes. Dans le Who’s who Argentin de1947, on trouve 12,10% de Basques.
On a évalué l’apport des Basques à l’élite argentine à 15,9 %. De 1853 à 1943, dix des vingt deux présidents successifs de la République Argentine sont d’origine basque.

Mais on peut dire aisément que le souhait de faire fortune au moment du départ du Pays Basque n’a été réalisé que par un nombre restreint d’entre eux .Les situations d’échec ont été assez fréquentes. Parmi les réussites des plus éclatantes, il faut noter celle de Pierre Luro né à Gamarthe, en 1820, qui a laissé à ses 14 enfants 375000 Ha , 300000 moutons, et 150000 bovins.

Aujourd’hui, sur les 39 millions d’Argentins, on peut estimer à 10 % le nombre des descendants de Basques vivants en Argentine, et on dénombre à peu prés 15000 noms de famille Basques.


LA VIE CULTURELLE BASQUE AUJOURD’HUI.

La volonté de garder leur identité, de consolider l’entraide et une vie collective va s’exprimer dés 1842 , à Buenos Aires avec le développement rapide des sociétés basques.
Dès 1876, Laurak Bat ( les quatre en un ) est fondée, pour protester contre l’abolition des Fueros, en vue de « former des centres de réunions, d’instruction et de divertissements pour les naturels des 4 provinces sœurs : Alava, Biscaye, Guipuzkoa et Navarre », d’exercer la bienfaisance parmi les émigrés basques… » et publie un journal du même nom.
Dans le même esprit, le Centro Vasco Francés, fut crée en 1895, en vue de « resserrer les liens d’association entre tous les membres de la colonie basque française » et le Centro Navarro, pour les émigrés de la haute Navarre.
La fusion de ces 3 clubs donna naissance à Euskal Etchea en 1904. De nombreuses associations vont essaimer dans les villages de la Pampa et les petites cités rurales. Entre 1893 et 1914, 10 journaux basques parurent en Argentine et 4 périodiques entre 1937 et 1956.

A ce jour, 85 associations sont membres de la F.E.V.A. (Fédéracion de Entidades Vascas Argentinas ) et 54 y sont fédérées. Elles comptent 13000 personnes, 23 associations, qui regroupent 2000 membres, sont en cours de constitution. Ce sont près de 15000 personnes qui se réunissent dans ces associations. Chaque année, au cours de la Semaine Basque des milliers de Basques Argentins se réunissent pour participer à des manifestations, danses etc..

Aujourd’hui, en Argentine, ce sont prés de 500 personnes qui apprennent le Basque.

Si le gouvernement autonome d’Euskadi a toujours favorisé de façon bilatérale, les échanges culturels et économiques, les deux Chambres de Commerce de Pau et Bayonne se sont aussi engagées dans à promouvoir les relations entre les deux pays.
Enfin, les initiatives personnelles d’échanges des deux côtés de l’Atlantique, impulsées par des associations Bigourdanes, Béarnaises ou Basques comme Euskal Argentina permettront de démultiplier les relations entre les descendants des émigrés et ceux des familles dont ils étaient issus.